Vincent Sosthène Fouda. L’ancien candidat à la présidentielle explique les démarches entreprises pour retrouver le bébé disparu à l’hôpital gynéco-obstétrique de Yaoundé.
Il se dit que l’enfant de Vanessa Tchatchou a été retrouvé mort à Nkoteng. Qu’en est-il exactement ?
Le bébé qui aurait été découvert à Nkoteng n’est pas celui de Vanessa.
Les gendarmes disent qu’on a exhumé le corps et on a vu que l’enfant avait été amputé de ses parties génitales, puis, ils l’ont encore enterré. Ils auraient conduit la jeune femme accusée de ce forfait à Yaoundé. Elle se serait échappée d’une cellule à Nkolmesseng. Vous voyez bien que tout cela est à la fois macabre et rocambolesque. La vérité est que l’enfant de Vanessa est bien dans la ville de Yaoundé. Nous avons toutes les informations et nous demandons aux autorités de prendre leurs responsabilités.
Vous avez initié un certain nombre d’actions, mais c’est toujours le silence radio du côté des autorités…
La chaîne des responsabilités est très grande. C’est pour cela que j’appelle le directeur de l’hôpital gynéco-obstétrique de Yaoundé, pour qui j’ai le plus grand respect, à se prononcer. La disparition d’un bébé dans son hôpital est contraire au serment d’Hippocrate qu’il a prêté. Il a prêté serment de sauver des vies et non de les soustraire. De les protéger, et non de les abandonner. Par conséquent, le professeur Doh Anderson Sama doit, pour une fois, s’expliquer pour réconcilier les médecins avec les patients. Ce que nous dénonçons, c’est une complicité de médecins. Et c’est très grave. Les médecins ne doivent plus se taire. Il existe dans ce pays un véritable trafic d’enfants. Il faut que ça cesse.
Vous parlez là de la responsabilité de l’hôpital. Et celle du ministère des Affaires sociales ?
J’interpelle la ministre des Affaires sociales. C’est son ministère qui gère les affaires d’adoption dans ce pays. Selon les éléments en notre possession, elle sait où se trouvent les responsabilités et surtout qui est responsable de la disparition du bébé de Vanessa. Elle a entre ses mains, la plus grande clef pour dénouer la situation dans laquelle nous nous trouvons.
Et le ministre de la Santé publique ?
J’invite le ministre de la Santé publique à interroger son directeur d’hôpital. Il faut également que la police et la gendarmerie fassent leur travail. Il faudrait que les gens sachent que la force du bourreau lui est donnée par l’énergie silencieuse du peuple… Cet enfant a disparu depuis six mois. Il faut donner la chance à Vanessa de pouponner son bébé. Vanessa et le père de son enfant, tous démunis, doutent désormais de nos institutions, mais n’ont pas rompu. Ils veulent encore croire qu’il existe une justice dans ce pays. C’est pour cela que les évêques du Cameroun doivent se prononcer. C’est un devoir de justice sociale. C’est ce qu’on appelle l’évangile social. « Qu’as-tu fait de ton frère ? J’avais faim, tu m’as donné à manger. J’avais soif tu m’as donné à boire. J’étais prisonnier, tu es venu me voir. .. »
Nos évêques doivent prendre position afin de dissiper le grand malaise qui existe entre le peuple camerounais et ses institutions. Il n’y a pas pire qu’un peuple qui ne croit plus en ses institutions. L’une des premières institutions dans l’affaire qui nous concerne c’est l’administration de la santé. Nous confions tous les jours nos vies à nos médecins. C’est dangereux quand nous commençons à les soupçonner.
Vous avez annoncé un certain nombre d’actions la semaine dernière. Elles tiennent toujours ?
L’enfant de Vanessa a disparu le 20 août. C’était un samedi à 14h15. Donc, demain à cette même heure, cela fera six mois et quatre jours que l’enfant aura disparu. Je tiendrai un point de presse devant l’hôpital gynéco-obstétrique. Je tiendrai ce point de presse tous les jours, jusqu’à ce qu’on ramène à Vanessa son enfant. De nombreuses personnes se sont déjà inscrites pour une marche pacifique devant l’hôpital mercredi. Les gens viendront en tee-shirt blancs, avec des bougies et nous veillerons de 14h15 jusqu’à 18h pour faire pression sur l’hôpital, sur son directeur, sur le personnel et sur les institutions de notre pays afin qu’une vraie enquête soit ouverte et que la chaîne des responsabilités soit déterminée.
Propos recueillis par Jean-Bruno Tagne
